Méthodologie du départ négocié

Négocier son départ ou négocier le départ d’un collaborateur au sein de votre entreprise est un exercice délicat : moment charnière dans une vie professionnelle quel que soit le métier exercé ou le domaine d’activité, un départ réussi, que l’on se place du côté de l’entreprise ou du côté du dirigeant devant partir, nécessite l’assimilation de plusieurs règles.

REGLE n°1 : partir et faire partir sans émotion

Côté entreprise, négocier ne signifie pas blesser son interlocuteur en lui assénant des critiques souvent tardives et parfois infondées. Vous allez le braquer inutilement et ne parviendrez jamais à le convaincre que vous agissez pour son bien.

Côté dirigeant : négocier ne signifie pas tout accepter. Par ailleurs, plus votre rémunération est élevée, plus, en principe, vous êtes sensé avoir intégré le principe d’un départ imposé (changement d’actionnaires, réseau professionnel ou amical auquel vous n’appartenez pas, demande de rentabilité à laquelle vous n’avez pas pu ou su répondre…)

Quelles que soient vos responsabilités, celui à qui il est demandé de partir, doit accepter l’idée qu’il ne peut rester assis sur une chaise sans pied. Si le charme est rompu, il est dans la plupart des cas inutile d’essayer d’expliquer à votre interlocuteur qu’il commet une grande erreur et que vous allez lui manquer. Personne ne manque à personne sitôt le pot de départ débarrassé, et encore…

Autre point clé, la libération mentale que le consensus prodigue : le litige avec son ancien employeur agit comme un véritable boulet qui bloque le processus de repositionnement et contraint mécaniquement à se retourner constamment sur votre expérience passée. Une gymnastique sclérosante à laquelle il faut échapper. Mais pas n’importe comment ni à n’importe quel prix.

En acceptant l’idée de son départ, la voie du dialogue s’ouvrira en s’épargnant des échanges chronophages aussi inutiles que désagréables. Les secrets de famille seront conservés et l’image de l’entreprise sera épargnée.

La négociation peut donc commencer.

REGLE n°2 : accepter de se faire assister

Certains essaient de négocier seuls.

Côté dirigeant, peu réussissent, sauf à se satisfaire du montant qui vous a été proposé sans savoir ce à quoi vous auriez pu prétendre. L’offre dite « directe », donc sans l’intervention d’un conseil, est généralement globale pour ne pas dire confuse, mélangeant les montants dus en application de la loi du fait de votre départ, et ceux réellement négociés au titre de votre préjudice. Il est donc difficile de comprendre ce qui vous est réellement proposé.

Autre point, Il vous est rarement laissé le temps nécessaire à la réflexion : plus votre employeur est pressé plus il faut être méfiant.

Négocier impose de garder ses distances, or il est impossible de se raisonner soi-même. Négocier impose de savoir anticiper les réactions de votre interlocuteur en se mettant à sa place.

Côté entreprise : la négociation directe interdit toute confidentialité des échanges. Or, et bien souvent, comme l’exercice est déplaisant surtout si on connaît personnellement celui ou celle que l’on doit faire partir, on maîtrise moins bien son discours. En un mot, on parle trop et ne tardera pas à le regretter.

Or, il est compliqué de « rattraper » une négociation mal engagée, notamment du fait d’émotions non contrôlées.

REGLE n°3 : choisir son interlocuteur

Le choix de votre interlocuteur sera crucial : mauvais chameau, mauvaise négo.

Votre interlocuteur doit vous connaître ou à tout le moins être en mesure d’apprécier les services rendus.

Côté dirigeant, il doit disposer d’un mandat et être en capacité de discuter utilement. C’est à lui que vous ou votre conseil devra écrire. Ce ne sera donc que très rarement votre supérieur hiérarchique même si c’est ce dernier qui vous a annoncé votre départ. Il est souvent utile de se faire communiquer l’organigramme entier de la ligne hiérarchique car l’interlocuteur qui n’a aucun pouvoir, « l’interlocuteur facteur » doit être tenu à l’écart des échanges. Il n’est jamais un facilitateur.

Côté entreprise, il est plus aisé de transmettre une offre par conseil interposé.

REGLE 4 : L’intérêt de négocier

Côté entreprise : tous les départs ne doivent pas être négociés. Attention aux faux bons amis : sans mettre en place une culture du conflit, la négociation ne pas être automatique. Elle s’impose lorsque l’ancienneté du collaborateur est importante, son âge certain ou bien encore face à un dossier vide. Dans les autres cas, il faut apprendre à dire non.

Côté dirigeant : pas de négociation réussie sans un exercice de schizophrénie caractérisé. Quel intérêt a votre employeur à négocier avec vous ? En quoi un litige avec vous pourrait-il porter atteinte à son image ? en interne ? en externe ? à celle de l’entreprise ?

Toute menace doit être bannie de vos échanges : négocier n’est pas menacer.

Autre questionnement indispensable : comment, malgré votre départ imminent, pourriez-vous aider votre entreprise ? Il faut garder à l’esprit que vous avez été rémunéré pour le travail accompli et que l’indemnisation que vous allez solliciter est une charge financière dont votre interlocuteur devra justifier.

REGLE 5 : chiffrer sans excès

Pour l’entreprise l’exercice est plus simple : on négocie pour faire des économies. On évalue donc son risque contentieux, son risque d’image et seulement alors, on est en mesure de chiffrer son offre.

Bien souvent, côté dirigeant, on confond le montant dont on ferait bien usage et « le prix de son dossier ». Peu importe votre souhait de vous acheter une maison de campagne ou de vous installer à l’étranger. De telles considérations nuisent à la négociation. Votre chiffrage est le résultat d’une équation qui paraît (de l’extérieur) mystérieuse voire magique : une pincée de travail rendu, une pincée d’ancienneté, une pincée de culpabilisation …et surtout beaucoup de distance.

Négociez bien !

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